Le blanchiment d’argent/AML

Le blanchiment d’argent et l’AML ( Anti-Money Laundering)

Dimanche 16 janvier 1983 le New York Times annonce la mort de Maïer Suchowljansky alias Meyer Lansky, le magicien de la finance du syndicat du crime.
Un des grands maitres des techniques de blanchiment d’argent vient de s’éteindre à l’age de 81 ans, victime d’un cancer.
Tout le monde salue le génie financier de ce criminel qui a développé un trésor d’ingéniosité pour permettre à Al Capone d’utiliser les revenus de sa gigantesque organisation mafieuse.
Accessoirement Meyer Lansky n’a jamais renié ses racines juives polonaises et le moment venu a favorisé à sa manière la création de l’Etat d’Israël.
Lorsque Golda Meir évoque dans ses mémoires les levées de fonds cruciales effectuées en 1948 aux USA, elle ne mentionne pas l’homme mais on reconnaît sa signature.
« Bien que qu’il n’y eut pas encore de campagne pour Israël spécifiquement et bien que moins de 50% des 150 millions de dollars rassemblés pour le United Jewish Appeal en 1948, soient en fait allés à Israel , ces 50% nous aidèrent sans conteste à gagner la guerre. »
(dans les mémoires le solde est allé au Joint Distribution Committee pour l’aide aux Juifs d’Europe).
Meyer Lansky et Lucky Luciano contrôlent aussi le port de New York ce qui va faciliter l’expédition d’armes vers l’Etat hébreu.

Lansky n’a pas seulement eu l’idée d’ouvrir une chaîne de blanchisserie comme couverture pour l’aider à rendre propre de l’argent sale, il a aussi inventé la technique du prêt adossé ou loan back, en ouvrant dès 1932 des comptes bancaires numérotés dans une banque genevoise. Pour la bonne forme, il est même devenu le principal actionnaire de cette banque.

Un convoyeur traverse l’Atlantique par bateau avec ses valises bourrées de cash jusqu’à Genève. Il alimente un compte à numéro qui appartient en réalité à Meyer Lansky.
Au travers la technique du prêt fiduciaire que nous examinerons plus loin en détail, Meyer Lansky se prête cet argent à lui-même. Il peut créer Las Vegas et construire des casinos tout en déduisant de ses impôts les intérêts du prêt.

A elle seule la vie de Meyer Lansky résume la situation du « je t’aime moi non plus » qui caractérise la lutte anti-blanchiment.
Quand l’économie réelle a besoin de capitaux, elle ferme dangereusement les yeux sur l’origine des fonds. Quand ca va mieux ou qu’un état commence à avoir peur du crime organisé, il légifère et crie aux loups !

Video: comprendre le phénomène mexicain en quelques minutes.

De la fragilité des banques :

« With the crisis the banking sector was short of liquidity, the banks exposed themselves to the criminal syndicates, who had cash in hand.”
Extrait de  http://www.guardian.co.uk/world/2011/apr/03/us-bank-mexico-drug-gangs

(Profitant de la crise de 2008 les cartels mexicains ont proposé des liquidités aux banques américaines, à elle seule, Wachovia, la quatrième banque américaine a blanchi USD 387 milliards. Un record historique)
At the height of the 2008 banking crisis, Antonio Maria Costa, then head of the United Nations Office on Drugs and Crime, said he had evidence to suggest the proceeds from drugs and crime were « the only liquid investment capital » available to banks on the brink of collapse. « Inter-bank loans were funded by money that originated from the drugs trade, » he said. « There were signs that some banks were rescued that way. »

De nos jours le Produit Criminel Brut (PCB) est tel qu’il est impossible pour le système bancaire mondial de se passer de cet argent.
Dans son rapport d’octobre 2011, l’UNDOC ( United Nations Office on Drugs and Crime) donne une bonne idée chiffrée de l’impact sur l’économie mondiale.

“The best estimate for the amount available for laundering through the financial system, emerging from a meta-analysis of existing estimates, would be equivalent to 2.7% of global GDP (2.1%-4%) or US$1.6 trillion in 2009”

“The gross profits out of cocaine sales (totaling US$85 billion) were estimated at US$84 billion for the year 2009, compared with about US$1 billion earned by the farmers in the Andean region. Most of the gross profits (retail and wholesale) were generated in North America (US$35 billion) and in West and Central Europe (US$26 billion).”
(le montant de USD 84 milliards correspond au budget de l’Irak pour la même année)

S’il est impossible de lutter contre le blanchiment d’argent et que toutes les banques de tous les pays sont concernées par cette manne financière, pourquoi s’échine t-on à faire des lois qui répriment cette activité ?

La réponse est simple, les activités de couverture nécessaires au blanchiment d’argent viennent ruiner les commerces réguliers. Elles ne tolèrent pas la concurrence légale.
Sur des zones géographiques difficiles ou des zones de guerre en reconstruction, les flux se concentrent en priorité sur les banques, les telecom ( téléphonie mobile et cartes prépayées), l’hôtellerie, le bâtiment, le secteur minier ou pétrolier.

Environ 60 à 70 % de l’argent investi en Afrique sub-saharienne provient d’activités criminelles, c’est bien plus que l’aide internationale apportée à ces états. Mais le coût social du blanchiment est dévastateur.

Prenons l’exemple de la Kabul Bank :

Extrait du Monde diplomatique de novembre 2011 article de Louis Imbert :

Selon les derniers comptes de la banque centrale, les dirigeants de la Kabul Bank ont prêté et perdu quelque 579 millions de dollars (419 millions d’euros) de dépôts en six ans. En ajoutant les intérêts et certains prêts déguisés en frais de bouche et d’administration, le montant à recouvrer s’élèverait même à 914 millions de dollars. Rapportée aux proportions de l’économie afghane, dont le produit intérieur brut réel dépasse à peine 7 milliards de dollars en 2011 selon le Fonds Monétaire International (FMI), l’ampleur de ces pertes est inédite dans l’histoire mondiale de la finance. Elles mettent en lumière la corruption endémique qui règne en Afghanistan et l’incapacité totale du gouvernement de M. Hamid Karzaï à y faire face, à trois ans du retrait programmé des troupes américaines, au moment où les entrepreneurs ne pensent qu’à une chose : profiter de l’aide internationale tant qu’elle coule encore.
Source : http://www.monde-diplomatique.fr/2011/11/IMBERT/46928

Lire également cet article du Guardian qui explique que le blanchiment a « profité » à Dubaï :

http://www.guardian.co.uk/world/2011/jun/16/kabul-bank-afghanistan-financial-scandal

Nous pourrions rédiger des milliers de pages simplement sur les grands circuits de blanchiment et leurs conséquences depuis 2008 mais la crise économique n’est qu’une excuse à cette vaste hypocrisie que représente la lutte contre le blanchiment d’argent.

Paradoxalement le combat est perdu d’avance mais il faut rester fort au combat, il en va de notre liberté et de l’avenir de nos démocraties.

Les sections suivantes démontent les techniques de blanchiment à la manière d’une jupe bien taillée. Suffisamment long pour couvrir le sujet et suffisamment court pour attirer l’attention. Notre objectif n’est pas de favoriser le blanchiment au travers de l’apprentissage des techniques mais de donner les signaux d’alerte qui permettent de détecter le « Meyer Lansky du 21 ème siècle ».

Les méthodes de blanchiment et la neutralisation de l’AML

La liste ne peut en aucun cas être exhaustive, tout évolue en fonction de l’environnement économique et juridique international. En règle générale le blanchisseur travaille avec des notions et des pays qu’il connaît bien. Sa culture générale va influencer la méthode qu’il va choisir. Il cherche souvent la proximité.
Ainsi la méthode du black market peso exchange a peu de chance d’être pratiquée par la pègre nippone qui préfère la méthode des « fourmis ».

Un blanchisseur accepte de perdre jusqu’à 30% de son montant d’origine si en contrepartie il  a la certitude de pouvoir utiliser ses fonds sans être inquiété dans l’économie réelle. Cette marge constitue une arme de guerre redoutable qui lui permet de corrompre tous les systèmes de lutte anti-blanchiment ou presque.

Les universitaires considèrent que le blanchiment s’opère en trois étapes, le placement (le cash est déposé sur un compte bancaire), le lavage (ou layering, l’argent circule au travers de comptes offshores), l’intégration ( l’argent est investi dans l’économie réelle plus rien ne permet de distinguer l’origine des fonds). La réalité connaît quelques raccourcis. Vous trouverez ci-dessous quelques méthodes artisanales ou de niveau institutionnel.

(1) L’agence de voyage

Natacha ouvre une agence de voyage à Genève spécialisée sur les voyages en Russie et dans les pays de l’ex-URSS. Un groupe de touristes vient lui acheter un voyage forfaitaire tout compris avec une visite de Moscou et Saint Petersbourg.  Natacha est payée en francs à Genève et elle peut documenter une activité économique réelle.
Localement, Igor, son partenaire russe va s’occuper de toutes les prestations, hôtels, transports, divertissements. Il va payer cash en roubles avec de l’argent d’origine criminelle.
Natacha va payer Igor sur un compte à Genève en francs.

(2) Le faux procès et le faux crédit documentaire

Dans ce système la société A « le client » est complice de la société B « le fournisseur ».
Les intervenants sont membres de la même pègre qui génère un chiffre d’affaires important dans le pays de la société A (par exemple les USA) alors que B se trouve dans le pays d’origine (par exemple la Chine).
A importe des produits à B et ils signent un contrat avec des délais de livraison spécifiques, des clauses strictes de paiement pouvant entraîner de lourdes pénalités.
En réalité il n’y a pas de véritable activité économique, juste une façade suffisamment bien montée pour donner le change à quelqu’un qui regarde si les sociétés existent bien. Les sites Internet sont à jour, alimentés de fausses coupures de presse, de photos bidons, de vraies interviews des dirigeants payées par l’agence de public relations des sociétés.

A et B n’ont pas de difficulté à ouvrir des comptes bancaires. A va importer une cargaison fictive ou de mauvaise qualité et B l’exportateur va demander une documentation sous forme de crédit documentaire.

Rien ne va bien se passer. B est obligé de faire un procès à A. Les banques ne vérifient que les documents (factures, titres de transport) donc elles ne peuvent que témoigner du contentieux entre les parties. Elles sont soulagées lorsque les parties arrivent à une solution d’arbitrage qui oblige A à dédommager B avec un virement bancaire.

Les crédits documentaires permettent à eux seuls des fraudes et la mise en place de magnifique circuit de blanchiment. Le plus bel exemple nous vient de l’Iran et du scandale de la ARYA Bank qui porte sur une fraude d’au moins USD 2 milliards. Le chiffre exact est difficile à vérifier. Il n’y a pas de détournement de fonds publics mais un schéma superbement monté dans lequel des employés de banques contrôlées par l’Etat étaient complices. Pour en savoir plus :

http://iranprimer.usip.org/blog/2011/oct/16/iran%E2%80%99s-massive-banking-scandal

Ou en résumé:

The fraud began with the issuing of forged letters of credit by branches of Saderat Bank, Iran’s second-largest bank, in Khouzestan province and Melli Bank on Kish Island (offshore zone in Iran, travellers do not need any visa to go to Kish. Kish is not even on the black list of the tax paradise but offers a tax heaven and more to any investors).
Amir-khosravi family the owners of Arya Bank cashed these letters. The reports suggest that the letters of credit were sold to seven banks, including the Melli Bank, at discounted rates. The money was then used to buy privatized companies or real estate.

The issue is how exorbitant letters of credit were issued by small bank branches without adequate collateral and without being registered in the banking system.

Un autre exemple de la technique du faux procès:

http://www.independent.co.uk/news/business/news/the-great-british-money-launderette-at-least-19-uk-firms-under-investigation-for-alleged-conspiracy-to-make-20bn-of-dirty-money-seem-legitimate-9797097.html

(3) L’hôtel africain

Guiseppe est installé à Lugano, il gère la société African Hotels qui construit et gère des hôtels en Afrique. Son actionnaire la Ndrangheta de Santa Luca (une des trois mafias italiennes) a de l’argent dans un trust à Hong Kong dont un des bénéficiaires est une société aux Iles Vierges officiellement spécialisée dans le financement hôtelier en Afrique.

Guiseppe va voir les autorités zambiennes pour construire un hôtel de luxe à Livingstone près des fameuses chutes Victoria. Tout est financé par la société des Iles Vierges alors que la société African Hotels ne sera que l’exploitant.

Guiseppe va créer des emplois et personne ne lui demande rien sur l’origine des fonds, en cas de besoin un peu de corruption locale fera l’affaire.

Personne ne viendra vérifier le taux d’occupation de l’hôtel. Il peut être vide toute l’année ça n’a aucune importance. Officiellement à Lugano l’hôtel marche bien, les clients payent en cash mais c’est normal en Zambie. Guiseppe peut rapatrier les fonds à Lugano sous forme de dividende.

(4) Le casino

Toujours utile d’avoir un casino mais les pays développés sont trop contrôlés alors que c’est beaucoup plus facile en Asie ou Moyen Orient. De nombreux projets de casino ont été déposés  auprès du Gouvernement irakien ou du KRG. Ca reste un grand classique avec plusieurs possibilités.
Le joueur perd tout son argent, mais ça n’a aucune importance il est aussi actionnaire du casino. Le dividende est propre il vient d’une activité économique légale.
Le joueur gagne et il reçoit un chèque de banque, l’origine des fonds est claire.

Les casinos virtuels facilitent les choses mais ils sont surveillés, les fraudes se font avec la complicité des banques qui ferment les yeux.

(5) Les fourmis et les yakuzas

Un grand classique japonais qui consiste à envoyer un vrai faux touriste en France pour acheter des articles de luxe avec du cash provenant des activités délictueuses et en détaxe. De retour les articles sont vendus dans les magasins tenus par la pègre.

Il faut bien comprendre qu’au Japon les yakuzas font partie de la société civile, sans eux il était impossible de reconstruire le Japon après la seconde guerre mondiale. Le Gouverneur Mc Arthur était totalement incapable d’empêcher le vol des marchandises arrivant à Kobe.
Son alliance avec Yoshio Kodama a permis à la pègre de prendre le contrôle du pays, des institutions politiques et du PLD sans parler des banques et des courtiers.

La  boryokudan haijojorei ( loi anti mafia) adoptée le 1er Octobre 2011 n’est qu’une réglementation qui devrait permettre de limiter l’influence des yakuzas dans la société nippone. C’est une réponse à l’administration américaine qui a décrété que les yakuzas menaçaient la sécurité des USA en juillet 2011.
Source intéressante sur ce sujet :

http://www.japansubculture.com/2011/07/president-obama-declares-war-on-the-yakuza-go-get-them-barry/

Déjà dans les années 90 il y avait une tentative de limiter cette influence suite à l’éclatement de la bulle immobilière.

Tout cela intervient beaucoup trop tard, tout le pays est passé depuis longtemps sous contrôle mafieux comme en témoigne encore le récent scandale Olympus.

N’hésitez pas à surfer sur ces mots clés pour comprendre l’ampleur des dégâts :

http://www.lefigaro.fr/societes/2011/11/10/04015-20111110ARTFIG00605-l-action-olympus-plombee-par-le-scandale.php

(6) La fausse banque ou les coquilles bancaires

Obtenir une licence bancaire dans certains pays ne coûte pas grand-chose. On peut s’installer conseiller en investissement bancaire à Genève et monter une simple société commerciale; obtenir une licence bancaire à Djibouti et s’occuper à récupérer le cash des rançons somaliennes.
Depuis l’invasion américaine de l’Irak en 2003, la famille Barzani qui dirige le Kurdish Regional Government a une parfaite maîtrise du blanchiment d’argent, ce qui a permis aux potentats locaux d’engranger une fortune colossale.

Le nombre de banques dans cet état croupion rivalise avec la Suisse, évidement il n’y a que des coquilles et des établissements sans contrôle. Mais le développement est impressionnant :

Erbil, Dec.23 (AKnews)- The head of the Kurdistan Region’s bank said since 2010 some 12 new banks have opened their branches in the Kurdistan Region- raising the total number of the private and governmental financial establishments to 72 and 85, respectively.
Some seven private and five governmental banks have been opened this year, Adham Karim told AKnews Thursday. He added in line with the Region’s booming economy in all fields, the banking sector has also boosted with the influx of more and more investors and entrepreneurs to Kurdistan
In total, 157 banks, private and governmental, are operating in the Region, the official said, anticipating an increase in the number due to the facilities the Kurdish Region provides the businessmen with.
In 2009 the total number banks amounted 145. The banks were mainly to distribute salaries and export or import currency.

En revanche si vous allez faire du tourisme à Erbil votre seule chance de faire du change manuel est d’aller au bout du vieux marché là où les changeurs étalent les billets sur des caisses de bois.
Nous reviendrons sur l’Irak dans sa globalité en étudiant le financement du terrorisme.
Dans la catégorie des fausses banques, nous pouvons aussi citer le cas Fernando Barrueco blanchisseur international lié à Hugo Chavez qui opérait au travers d’une représentation de la Banque Vontobel à Caracas, laquelle n’avait pas de licence bancaire au Venezuela.

Vous trouverez un bon résumé de ce cas d’école à la sauce Hugo Chavez en cliquant sur ce lien :
extrait de World Check (Ken Rijock) : Chavez has access to the entire Venezuela foreign reserves held overseas. While the public knows that $20 billion was realized when Venezuela liquidated its investments in US treasury securities, and moved its reserves to Switzerland, it does not know that Senor Chavez now has total control over these funds, awarded to him by his allies in the Central Bank.

(7) Le marché de l’immobilier

L’ampleur du phénomène est suffisamment grave pour créer des problèmes sociaux très sérieux.
Au début des années 90 au Japon, il fallait un endettement sur plusieurs générations pour arriver à devenir propriétaire de son appartement. Le jardin du palais impérial à Tokyo avait autant de valeur que l’ensemble de la Californie. Et pourtant … les banques prêtaient encore et encore jusqu’à ce que la bulle éclate et entraîne l’économie japonaise dans une chute irréversible.
A partir de 2000, l’Espagne a construit environ 700.000 logements par an, autant que la France, l’Allemagne et l’Angleterre réunies; au final on se retrouve avec 1 million de logements sur les bras et plus d’un tiers des billets de 500 euros émis par la banque centrale européenne sur la Costa del Sol.

A Genève :

« La loi sur le blanchiment d’argent ne s’applique pas aux agents immobiliers, ni aux notaires. Les premiers «ne sont en général pas impliqués dans les flux financiers entre le vendeur et l’acquéreur», et les seconds ne s’en occupent que «de façon accessoire par rapport à leur activité principale», détaille Roland Meier, porte parole du Département fédéral des finances. »
Lire l’article.

En pratique vous êtes un blanchisseur discret, vous pouvez payer n’importe quel prix pour une propriété et personne ne va s’occuper de l’origine des fonds.
Ou alors si une maison vaut 10 MCHF vous donnerez 12MCHF dont 8 MCHF officiellement et 4MCHF sous la table. Mais attention dans ce cas l’obtention frauduleuse d’une constatation fausse (une fraude dans l’acte notarié au niveau du prix) est un crime (art 253 du code pénal) et par conséquent une infraction préalable au blanchiment d’argent.

(8) les enchères

Sur Internet ou traditionnelles, elles sont un grand classique que tout le monde mentionne mais l’astuce reste du domaine de l’artisanat.
A et B sont complices, A met une croûte aux enchères et B va acheter ce tableau de grande valeur pour un prix exorbitant. A obtient donc de l’argent de façon légale.
Dans le même style, on retrouve les commerces liés aux antiquités qui sont plus réglementés que dans le passé mais ou le cash circule encore sans passer par la comptabilité.

(9) Les introductions en Bourse et les plateformes boursières

Cas 1/ IPO(a) chaudes et allocations

Stéphane est un ancien gérant de hedge fund qui dirige le fonds Max au travers d’une BVI. Dans ce fonds il n’y a guère que son argent personnel.
L’homme est âgé et très sympathique et voyage souvent en Europe. Il va voir des banques et des brokers réputés actifs sur les marchés boursiers.
Partout où il passe, il demande à ouvrir un compte pour spéculer avec sa fortune dont personne ne connaît vraiment le montant. Nul ne se méfie de ce papy de la finance.

Avant de signer un mandat de gestion il veut faire un test : Etes-vous capable de me donner une allocation sur une introduction en bourse sur-souscrite ?
Peu importe le titre du moment que l’IPO est chaude.
A peine a-t-il obtenu des titres qu’il les revend dans l’heure suivant la cotation. Aucune prise de risque réelle.

Toujours sans envoyer d’argent en gestion, Stéphane propose à sa contrepartie de lui reverser 40% de ses gains sur les IPO chaudes sur un compte en Suisse.
En clair, il vient soudoyer son interlocuteur pour obtenir exclusivement des titres sur des IPO chaudes. Le banquier/courtier y trouve son compte puisqu’il obtient 40% de la performance boursière de l’action sans prise de risque. En cas de perte accidentelle Stéphane prend tout pour lui.

A son apogée Stéphane avait 245 comptes ouverts dans une multitude d’établissements.
Il employait 3 personnes à plein temps et n’a jamais signé le moindre mandat avec personne. Il n’a jamais gardé un titre plus de quelques heures.

Il n’a jamais été emprisonné. Pendant la période 1998/2001 (bulle internet propice aux IPO) il a accumulé plus de USD 100M de gains nets sans aucun risque. En réalité sa « fortune » d’origine était dérisoire.

(a) Initial Public Offering ou introduction en bourse

Cas 2/ Capital Risque et mafia

Toute la difficulté pour le crime organisé consiste non pas à collecter les revenus de ses activités mais à les mettre dans le circuit de l’économie réelle afin de pouvoir en disposer ouvertement.
Une des techniques utilisées consiste à utiliser des sociétés dans des pays faiblement réglementés mais aussi à utiliser un fonds non coté de capital risque domicilié au Luxembourg, officiellement pour des raisons fiscales. Ce fonds frappe à la porte d’autres fonds institutionnels et propose des partenariats et autres co-investissements en pré introduction en bourse, notamment dans le secteur de technologies et télécommunications.

Le fonds Luxembourgeois cherche à se positionner au capital de sociétés qui vont s’introduire en bourse dans un délai d’un an maximum. Au besoin il acceptera une valorisation risquée même si elle doit représenter une perte de 20% de sa mise.

Dans la majorité des pays, les fonds de capital risque non cotés en bourse ne sont tenus à aucune réglementation et ne rendent de compte qu’à leurs actionnaires. Une fois l’introduction en bourse effectuée, ils revendent les titres et l’argent à une provenance légitime.
Le risque est fort pour le banquier introducteur, qui cherche avant tout à signer un lucratif mandat d’introduction en bourse et qui ne fait jamais aucune vérification sur les actionnaires institutionnels qui figurent au capital de la société. Un simple site web suffit largement à les tromper.
Une autre variante consiste à utiliser la technique du LBO ( leverage buy out) ou la « mezzanine » , le fonds rachète une entreprise en partenariat avec les cadres, il va injecter du cash en capital et en dette. Les cadres d’une entreprise en difficulté ne vont pas vérifier l’origine des fonds. Le schéma est aussi valable pour les équipes de football sauvées par un chevalier blanc inattendu.

Cas 3 / l’investisseur téméraire

Monsieur Dupont dirige sa PME depuis vingt ans et s’apprête à la mettre en bourse. Le mandat est signé et les road shows sont presque terminés. La banque introductrice a du mal à placer le papier, trop cher, le marché gris n’en veut pas vraiment, il sera difficile de boucler l’opération.
A l’issue d’une présentation Monsieur Dupont rencontre Steve qui veut l’inviter à dîner pour lui poser encore quelques questions. Steve veut absolument investir, il trouve la société fantastique et souhaite un entretien privé.
Monsieur Dupont qui joue la réputation de son entreprise et l’opération financière de sa vie accepte tout de suite le dîner.
Steve trouve tout génial et merveilleux, Monsieur Dupont est ravi, il a trouvé l’investisseur qui va sauver son opération et souscrire in extremis.
Steve demande à qui il faut s’adresser pour souscrire et Monsieur Dupont donne tout de suite le nom du banquier introducteur et son numéro de téléphone.

Steve est catastrophé, il prétend connaître ce banquier qui est « amateur et irascible », encore un gratte papier qui va lui demander un tas de documents avant de souscrire. On n’aura jamais le temps, Steve doit abandonner.
Apeuré, Dupont cherche une solution et Steve lui propose de lui donner l’ordre à lui et de dire au banquier qu’ils se connaissent depuis l’enfance. « Surtout soyez très sévère avec votre banquier, ne discutez pas avec lui, vous allez lui sauver son mandat !! »

Aucune vérification ne sera effectuée, par autorité Dupont va imposer son investisseur miracle. Il va sauver son introduction, le banquier va toucher sa commission complète et Steve va commencer à revendre les titres qui seront transférés sur un compte titre normal. Tout le monde est gagnant, même si les titres baissent de 20 à 30 %, le coût de frottement du blanchiment est dérisoire.

Cas 4/ la coquille

Certaines bourses laissent traîner des coquilles cotées, des « penny stocks », il s’agit de sociétés qui sont pratiquement en dépôt de bilan et dont la capitalisation boursière est très faible.
La bourse de Toronto offre ce genre de coquille et sa réglementation est très laxiste. Le Canada offre une législation très accueillante.

« Au Canada il n’existe toujours aucun régime de la responsabilité criminelle de l’entreprise qui tienne les sociétés et leurs dirigeants effectivement responsables de leurs actes criminels »
Chambre des Communes, mars 2001 à propos du Soudan (sous sanctions) : « bien que nous n’y encouragions pas l’investissement nous ne mettons pas d’obstacles aux entreprises qui veulent se lancer ». (extrait de Noir Canada page 181. Pour plus d’information voir le projet de loi C 300 qui n’a jamais été voté)

-Du fond de sa cellule de la prison de Dubaï,  Monsieur Corneille  a racheté une coquille cotée (l’opération se dénomme reverse merger ou reverse IPO) pour pouvoir y loger en toute tranquillité ses avoirs personnels et obtenir une liquidité. Il s’agissait entre autre de licences minières en Afrique.

– Mafieux sud-africain notoire Monsieur Toto a fait son IPO à Toronto puis a demandé une double cotation à Londres sur le AIM market (le moins réglementé). Il s’est acheté un avion privé avec les fonds levés et la société a déposé le bilan. La présence de gardes du corps et de prostituées lors des road shows n’a pas effrayé les gérants. Dans leur esprit Monsieur Toto était capable de se faire respecter dans le business donc on pouvait investir sans crainte.

Les gains/pertes sur les marchés à terme

Le client A spécule sur un marché à terme (marchandise, ou Futures sur taux d’intérêt), il ouvre un compte dans la banque Alta et une autre dans la banque Basta. Il prend une position à la hausse des taux sur une échéance décembre chez Alta. Il prend la position en sens inverse chez Basta. Il gagne chez Alta mais perd chez Basta le même montant et doit répondre aux appels de marge, il alimente son compte en cash à la banque qui ferme les yeux. Il pourra prendre ses gains licites chez Alta.

(10)Le Black Market Peso Exchange

Nous avons peu de chance de voir cette méthode en Europe mais elle couvre une activité qui se chiffre en milliards de dollars. Un cartel colombien vend de la drogue aux USA,
un peso broker du cartel collecte les dollars, il contacte des importateurs colombiens qui vont importer des produits américains et échange les dollars contre des pesos

Un cas d’école sur le lien ci-dessous :

http://www.justice.gov/dea/pubs/states/newsrel/2011/nwk011811.html

Ce système créé dans les années cinquante avait d’abord pour objectif de payer moins de taxes.

(11) Echanges commerciaux

Ils offrent une multitude de possibilités mais on peut retrouver les indices clés aussi appelés « red flags » sur le site de ICE :

http://www.ice.gov/cornerstone/money-laundering.htm

(12) contrats d’assurance vie et les produits structurés

Le blanchisseur va souscrire un contrat d’assurance vie et déposer des sommes d’argent régulièrement mais son seul intérêt est d’obtenir un remboursement anticipé par lequel il va obtenir un virement bancaire propre.
Le principe est le même avec les produits structurés sur lesquels les intermédiaires financiers touchent de fortes commissions. Le banquier ne verra que sa marge au point d’en être aveuglé et le blanchisseur ne regardera que la méthode qui va lui permettre de revendre le produit pour en sortir avec un chèque de banque.

(13) le Coucou smurfing

Extrait de : https://af11.wordpress.com/tag/cuckoo-smurfing/

Two Manchester men, Shamsher Singh, and Samuel Newton helped run an international money laundering racket moving drugs worth more than £1m every month.
The gang travelled around the country collecting up to £160,000 in plastic carrier bags from criminal associates.
They used a method of money laundering called ‘cuckoo smurfing’ to hide it.
The scam centres on corrupt money bureau staff in foreign countries. When the parents of a foreign student make a money transfer to a relative in the UK the clean money is siphoned off to a bank account the criminals can access.
The bureau staff then send a text to the criminals tipping them off about the size of payment and to who it has been made. The criminals then go into a bank and pay dirty drugs money, which they have collected in Britain, into that account.
Undercover Serious Organised Crime Agency officers watched every move of such a racket run by a gang out of a house in Birmingham. The gang received texts from Dubai, Afghanistan and Iran with instructions on which student accounts money should be paid into.
The investigation led to the seizure of £600,000 and 20 kilos of heroin.

Cette méthode bien utilisée nécessite un complice au sein d’une banque. Ci-dessous un schéma proposé par le Gafi en 2005.

Clukoo Smurfing

(14) les prêts bancaires et les garanties bancaires

A demande un crédit à sa banque, mais comme sa couverture financière est faible il demande à B de se porter garant. A ne rembourse pas mais B a le plaisir de payer avec de l’argent sale et la banque est trop contente de s’en sortir sans perte.

A demande un crédit qu’il ne va pas rembourser mais propose son compte offshore en garantie.

A travaille avec une contrepartie B qui lui demande une garantie bancaire. A est parfaitement solvable mais B va se débrouiller pour actionner la garantie afin d’obtenir un paiement provenant de la banque donc propre. Le nom de A ne va pas apparaître. C’est assez pratique pour corrompre un tiers sans utiliser une valise de cash.

(15) Les fausses factures

Rien de plus simple que de faire des fausses factures à un tiers fictif et le montant correspondant avec un virement offshore.

(16) usage de diamants ou d’objet de valeur de faible taille

La Tribune de Genève du 3 novembre 2011 :

« En provenance de Paris, un Brésilien de 58 ans a été appréhendé vers 10h30. La fouille corporelle a permis de découvrir deux genouillères autour de ses tibias, ont communiqué les gardes-frontière jeudi.
Sous les protections étaient dissimulés des bas élastiques qui contenaient 4 perles de 23,22 carats, 750 diamants blancs, noirs et ambrés ainsi que diverses pièces de joaillerie. La valeur de la marchandise est estimée à environ 70’000 dollars (un peu moins de 62’000 francs). »
Les diamants sont petits, faciles à transporter et 20% du commerce de ces pierres est illicite.
Il n’y a aucune réglementation qui tienne la route depuis que Robert Mugabe a obtenu que ses diamants soient estampillés Kimberley process. Le monde a pu se rendre compte des atrocités commises par ce dictateur fou dans un documentaire poignant de la BBC :

http://www.bbc.co.uk/news/world-africa-14377215

Genève avec son port franc veut concurrencer Anvers mais à quel prix pour les banques ?

Voir l’article du Point :

« Depuis 2005, un juge d’instruction au tribunal d’Anvers, en Belgique, tente de dénouer les fils d’un vaste trafic de diamants passant par Israël, puis les ports francs de Genève, avant de rejoindre Anvers, premier pôle mondial dans le négoce de pierres précieuses. Les montants en jeu portent sur près de 400 millions d’euros. Mais le 14 juillet dernier, le Tribunal pénal fédéral (TPF), la plus haute instance judiciaire de la Confédération, a opposé une fin de non-recevoir à la justice belge. »

http://www.lepoint.fr/monde/la-justice-suisse-refuse-de-se-pencher-sur-un-trafic-de-diamants-20-08-2010-1227039_24.php

(17) Les hedge funds

En Suisse la révision de la LPCC pourrait changer la donne mais dans l’immédiat la porte est grande ouverte à des fonds peu scrupuleux qui peuvent agir sans rendre compte à personne.
Suite à la crise financière, le Royaume Uni décide de taxer davantage les bonus et les hauts salaires. Une cinquantaine de hedge funds se déplacent à Genève avec en ligne de mire trois objectifs.
Payer moins d’impôts pour les gérants qui vont gérer le fonds en étant domiciliés dans le canton adéquat.
Le fonds est officiellement luxembourgeois donc il n’est pas soumis à la surveillance de la Finma. Aujourd’hui il peut être vendu aux banques suisses et aux gérants indépendants dont les clients sont automatiquement considérés comme investisseurs qualifiés.
En cas de mauvaise gestion ou de fraude il ne risque pas grand-chose. Madoff aurait dù réfléchir et déménager dans un pays où la justice pénale n’est pas bien méchante.
La mécanique est aussi valable pour les hedge funds chinois basés à Hong Kong.
Si vous avez des doutes recherchez les éléments concernant Anthony Graziano et le hedge fund « new world exchange ». Graziano était un des capo de la famille Bonnano.
Dans un autre style Rajat Kumar Gupta, ancien membre du board de Goldman Sachs et Procter and Gambles se donnait beaucoup de mal pour soigner son image. Ex-chairman du Global Fund*et invité au sommet de Davos, il finira sa vie en prison. Lors de son procès le FBI a mis en avant la structure de son organisation digne des grandes familles du crime organisé. Son compère Raj Rajaratnam qui dirigeait le fonds Galleon Group investment Fund et 56 autres personnes ont également été condamnés en 2011.
(* Global Fund est une ONG internationale qui a fait l’objet d’un scandale en 2010/2011 :
November 1 2011, Bloomberg News reported that some of the monies the Fund is trying to recover worldwide is as much as $19.2 million from grants in eight countries. “In Nigeria, money was siphoned to a person arrested in 2003 for money-laundering and smuggling diamonds that are mined and sold to support war,”.)

(18) Les crédits documentaires

Ils font l’objet de nombreuses fraudes mais sans eux il n’y aurait pas de commerce mondial. La fraude a lieu sur la base de faux documents, fausses factures, fausse activité commerciale. Pour l’heure le record mondial a été réalisé par un ressortissant iranien qui a détourné entre 2 et USD 2,8 milliards en 2011 avec la complicité de la banque négociatrice et de la banque émettrice. Une technique imparable qui met en exergue le danger que représente la corruption. Dans ce cas la fraude et le blanchiment des fonds obtenus sont intimement liés.

Pour en savoir plus sur ce cas :

The financial conglomerate Amir Mansour Arya Investment Development Company allegedly procured several letters of credit from domestic banks totaling $2.8 billion–far above the company’s available collateral. The Arya Group, founded by Amir Mansour Khosravi and now controlled by his son Mah-Afarid, controlled around $3.8 billion in assets, including 52 companies with 20,000 workers.
Extrait de : http://iranprimer.usip.org/blog/2011/oct/16/iran%E2%80%99s-massive-banking-scandal

Autre cas de figure une alerte du Bureau International Maritime (IMB):

http://icc-ccs.org/news/748-imb-warns-against-pre-financing-scam

(19) Les chantiers de reconstruction et les banques centrales

Nombreux sont les pays qui ont connu une guerre et dont la reconstruction reste un énorme chantier inachevé. Dans ce cas la technique consiste à faire croire qu’une entreprise va participer à la reconstruction. Elle envoie du cash à la banque centrale locale ou à l’établissement financier local le plus représentatif. Peu importe l’origine des fond,s il n’y aura ni contrôle ni difficulté pour ouvrir le compte. Quelques mois après, l’entreprise explique qu’elle  n’arrive pas à avoir de contrat et demande le virement des fonds sur un compte onshore. Le tour est joué !

Citons l’exemple de l’Irak (source Aswat al Iraq 17 dec 2011):

Arab and foreign companies are warned against using the investment licenses granted to them in money laundering in Iraq, Parliamentary Economy and Investment Commission MP warned today.

MP Aziz al-Mayahi, White Iraqiya Bloc, elaborated that the companies might deposit their funds at the central bank under the pretext of investment, as stated by his office.

The statement added that « these Arab and foreign companies sign contracts for projects which are not implemented, most of them are used to transfer money abroad for money laundering ».

« We noticed that there are companies sent money more than needed and did not implement their contracts », he elaborated.

Autre schema complexe :

Nous évoquons également le cas de la Lebanese Canadian Bank dans l’onglet qui couvre le financement du terrorisme mais ce cas a également sa place dans l’onglet sur le blanchiment.
La complicité de la banque centrale et du réviseur externe ne fait aucun doute. Mais ils n’avaient objectivement aucune marge de manœuvre face à des intervenants comme le cartel Los Zetas et du Hezbollah.

Voir l’article du New York Times :

http://www.nytimes.com/2011/12/14/world/middleeast/beirut-bank-seen-as-a-hub-of-hezbollahs-financing.html?pagewanted=1&_r=1&hp

En résumé on peut aussi se reporter à l’article de Colby Adams de compliance Advantage du 21 décembre 2011 :

The U.S. Justice Department is seeking $483 million in forfeitures related to an alleged trade-based money laundering scheme that funded Hezbollah through the sale of American cars in West Africa.
The U.S. Southern District of New York issued the in rem forfeiture action and civil money laundering complaint Thursday(Dec 15th 2011), citing a web of banks and exchange houses that knowingly or unwittingly facilitated the alleged plot. Lebanese Canadian Bank, BLOM Bank, Middle East and Africa Bank and Federal Bank of Lebanon all processed funds for Hezbollah, the department said.
The blacklisted militant group used foreign exchange businesses based in Lebanon to wire money held at the four Lebanese banks to accounts held in the United States. Accomplices used the money to buy over $1 billion in used cars between 2008 and 2010, which were shipped to West Africa and sold, according to the complaint.
The proceeds were commingled with the profits of illegal drug sales in West Africa and elsewhere and then sent by courier, currency exchange houses or hawala operators back to Hezbollah operatives in Lebanon, according to the complaint.
The level of sophistication used in the plan demonstrates that Hezbollah « is not only a terrorist organization, but the greatest organized crime family in the world, » said Dennis Lormel, former head of the FBI’s Financial Crimes Section.

(20) La compensation avec les comptes non déclarés de clients étrangers

Cette technique a été largement rendue publique au travers de deux affaires qui touchent HSBC Private Banking. Un réseau mafieux obtient des fonds de par son activité (vente de drogue) en France ou en Espagne. Ils versent le cash à des clients normaux qui ont un compte non déclaré en Suisse et en échange la banque du client fait un virement de même montant sur le compte de la Mafia dans son pays d’origine. Une technique assez proche de l’Hawala. Retrouvez le mécanisme complet au travers de cet article et de la video:

http://www.rts.ch/info/economie/4576487-une-affaire-de-blanchiment-eclabousse-des-banques-genevoises.html