Quels risques terroristes en Suisse?

On peut distinguer trois grandes classes de risques :

Le terrorisme alter mondialiste :

Il peut être lié à la perception que certaines personnes peuvent avoir de la Suisse. Ainsi un groupuscule, la FAI « Fédération Anarchiste Informelle » va envoyer des lettres piégées dont l’une va très sérieusement blesser un employé de l’Ambassade de Suisse à Rome.

Quels sont les raccourcis rapides de la pensée de ces militants ?

Il y a toujours une accroche dans le monde réel qui permet de construire les fantasmes.
En pleine crise de la dette grecque, la Suisse détient une somme colossale d’avoirs non déclarés. Mais il est difficile de comprendre que le Gouvernement grec n’est pas capable de mettre en place le système Rubik proposé par la Suisse.
La délocalisation de la holding EFG à Luxembourg a réduit l’exposition de la Suisse à la dette grecque de 64 milliards de dollars à 3,6 milliards mais elle a aussi donné lieu à une sérieuse altercation au Parlement Européen.

Dans cette catégorie l’action terroriste reste ciblée et contenue à des actions portées contre des symboles. Il ne s’agit pas de terrorisme de masse, les cibles sont les symboles de l’Etat, ambassades, police, administrations. Le fonctionnaire devient coupable par défaut. Voir l’article : Les lettres piégées marquées du sceau de l’anarchie
http://www.swissinfo.ch/fre/societe/Lettres_piegees_marquees_du_sceau_de_l_anarchie.html?cid=30164986

Le 6 décembre 2011 la FAI (Fédération Anarchiste Informelle) envoie une lettre piégée à Joseph Ackermann :

http://www.reuters.com/article/2011/12/08/germany-letter-powder-idUSL5E7N84C520111208

La montée du chômage, de la pauvreté et l’écart grandissant entre les plus riches et les pauvres devraient permettre à cette forme d’extrémisme de trouver un soutien dans la population européenne.

Le terrorisme islamiste :

En Novembre 2014 suite a l’interdiction d’une réunion annuelle du CCIS les islamistes menacent la Suisse.

Voir la vidéo :

Une forme de terrorisme qui s’est illustré par sa dépendance aux medias, il lui faut perpétrer des actes spectaculaires pour exister. Dans ce cas, la société civile est la plus exposée, elle oblige le monde politique à sur-réagir et à commettre des fautes.
En 2011 un imam iranien souligne lors d’un de ses prêches que l’Occident qui était porteur de valeurs humaines s’est noyé dans la barbarie de la guerre en Irak.

Voilà toute la difficulté de mener une guerre asymétrique dans laquelle l’ennemi n’a pas de drapeau ou de référence nationaliste, ne défend pas une frontière terrestre en particulier, n’a pas de système hiérarchique comme peut l’avoir une armée.

Une guerre idéologique sans fin dans toute sa splendeur qui peut épuiser les pays occidentaux.

Elle génère des coûts induits de sécurité très lourds et l’ennemi sait très bien que les pays occidentaux vont s’affaiblir en travaillant en ordre dispersé pour protéger d’abord leurs intérêts économiques propres.

Les leçons du financement du 11 septembre 2001 :

En terme de financement, le coût des opérations les plus meurtrières reste relativement faible. Le 11 septembre n’a pas coûté plus de 500 000,- dollars, les attentats de Madrid moins de 30 000,-.

Aux USA, 19 des protagonistes du 11 septembre ont ouvert 24 comptes bancaires dans quatre banques dans les trente jours qui ont suivi leurs arrivées respectives sur le sol américain. Les papiers et les visas étaient parfaitement en règle.

Les banques étaient parfaitement respectables et l’une d’entre elle a ouvert douze comptes. Néanmoins certains terroristes avaient donné la même adresse, les adresses changeaient souvent, le cash ne restait jamais sur le compte, les retraits étaient immédiat.
Certains bénéficiaient de dépôts en cash effectués par des tiers. Toutes les transactions étaient effectuées en dessous des seuils de détection.
Après coup, il est toujours facile de mettre en avant les erreurs commises mais compte tenu de la masse de transaction que doit traiter une grande banque quotidiennement, il reste très difficile de ne pas se trouver en risque.

Aucun système de détection informatique ne peut protéger d’individus qui sont particulièrement déterminés. Seule la connaissance du client et la stratégie d’ouverture de compte de la banque peut protéger l’institution.

L’activité cross border d’une banque dans des pays émergents doit faire l’objet de contrôles extrêmement rigoureux et la compliance doit être effectuée par des tiers qualifiés, comme le permet l’ordonnance Finma du 8 décembre 2010.

Le terrorisme communautaire :

Là encore une activité à laquelle la Suisse n’échappe pas mais dont la société civile souffre peu. Il s’agit de racketter des communautés immigrées en Suisse en vue de continuer la lutte dans le pays d’origine.
La LTTE ( Tigres Tamouls) , le PKK (Kurdes) sont des adeptes de ces pratiques.

La technique de l’hawala :

Cette technique utilisée par Al Qaida est rabachée ad nauseam par les universitaires qui dispensent des cours sur le terrorisme. Il donne l’impression ridicule que c’est la seule technique qui fonctionne alors que la réalité est bien différente. Plions-nous à l’exercice de la description de cette activité ancestrale.

La confiance et l’appartenance à la même communauté constituent les fondamentaux de l’Hawala. Les Hawaladar, ceux qui la pratiquent, appartiennent toujours à une même tribu, une même ethnie.

Le concept est très rudimentaire ce qui rend difficile sa détection à des fins criminelles.

A vend des fruits exotiques à Genève, il est en contact avec B au Pakistan qui est exportateur de ces produits. En dehors de leurs activités commerciales, ils sont Halawadar et appartiennent à la même famille originaire de la même région.

Une cliente vient voir B et lui demande de virer 2000 dollars à des cousins immigrés à Genève.
B prend contact avec A et lui demande de donner les 2000 dollars diminués d’une faible commission aux cousins.
A et B organisent une petite chambre de compensation privée pour solder les comptes régulièremen,t au besoin au travers des opérations commerciales.

Il n’y a aucune trace de la transaction dans le système bancaire et la cliente a un service qui correspond à son niveau d’éducation. Elle n’a pas besoin de remplir un seul document.

Si A et B n’arrivent pas à s’accorder sur les transactions, la justice tribale va régler le différend et le fraudeur sera blacklisté.

A noter que Ben Laden avait au Soudan des commerces licites, et notamment une conserverie, donc le modèle demeure pertinent et nécessite une vigilance.
La meilleure méthode pour éviter ces activités reste la police de proximité, le dialogue avec les communautés et la prévention sur le terrain.
On ne peut pas demander à une banque de faire attention aux marchands de fruits secs ! En revanche la lutte anti-corruption en Inde a révélé de grandes affaires comme celle de Hassan Ali Khan et l’acquisition du Chateau de Gutsch près de Lucerne. A lire absolument pour bien comprendre les risques à l’hawala:

http://www.huffingtonpost.com/cleo-paskal/indian-corruption_b_931981.html

Autres techniques :

Le financement du terrorisme emprunte souvent au crime organisé les mêmes techniques : arnaques aux consommateurs, fraudes aux cartes telecom prépayées, faux credoc, fraude au telecom (numéro surpayé), kidnapping,racket des commercants….
Par exemple le 23 novembre 2011, la police arrête aux Philippines 23 personnes impliquées dans une fraude au telecom, qui visait les clients de AT§T. Ces individus avaient récolté USD 2M et étaient rémunérés à la commission en fonction des fonds obtenus par une organisation islamiste. Ce groupuscule est à l’origine de l’attaque sur les hôtels de Bombay. A l’origine, il était dirigé par un pakistanais Muhammad Zamir, suspecté d’appartenir à la Jemaah Islamiyah, il a été arrêté en 2007. Le groupe serait aujourd’hui dirigé par un Saoudien.

Seul l’usage des fonds distingue les activités de blanchiment classique du crime organisé des activités terroristes. D’où l’extrême prudence dont doivent faire preuve les intermédiaires financiers.

Terroristes ou parti politique ?

Le Hezbollah est arrivé au pouvoir par les urnes et se trouve légitimement représenté au sein du Gouvernement libanais. Il n’en reste pas moins vrai que ses pratiques de financement et ses stratégies d’investissement ne sont pas acceptables.

La fermeture en 2011 de la Lebanese Canadian Bank, impliquée dans un réseau de trafic de drogue avec le cartel Los Zetas et de blanchiment complexe pour le compte du Hezbollah, sonne comme un avertissement pour ceux qui développent des relations bancaires avec le Liban.
Il est difficile de penser que le réviseur externe de la banque ignorait ce qui se passait à l’intérieur de l’établissement. Quant à la Banque Centrale du Liban, elle a fait preuve d’une cécité coupable, mais avait elle le choix ?

Lire sur ce sujet l’article bien documenté du New York Times du 13 décembre 2011.

http://www.nytimes.com/2011/12/14/world/middleeast/beirut-bank-seen-as-a-hub-of-hezbollahs-financing.html?pagewanted=1&_r=1&hp